Peuple et Culture Cantal
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Anne 80 ans Maurs
Mes voisins

Au quartier, la vie qui va et vient...

J’avais envie de parler d’une histoire de mon quartier. J’habite donc depuis bientôt 19 ans à Maurs, dans une petite commune du sud-cantal, qui tourne autour de 2000 habitants, mais le bourg, ce que les gens appellent la ville, mais qui est en fait un gros bourg, ça représente à peu près un millier d’habitants. Donc j’ai décidé de m’installer là-bas. J’ai acheté un bâtiment agricole que j’ai aménagé, dans un quartier qui est un tout petit peu sur la frange du centre-bourg et autour d’une place. Et j’ai observé pendant ces 19 ans la façon dont cette place, dont les relations humaines ont changé.

Donc quand je suis arrivée, elle était essentiellement habitée par des gens plutôt âgés, des maisons individuelles, beaucoup de jardins, beaucoup d’espaces. Et donc j’ai fait le tour des quelques trois ou quatre personnages qui me semblaient intéressants. Donc à ma droite il y avait une vieille dame qui s’appelait Élise Roussel, une femme qui a beaucoup travaillé, beaucoup souffert, beaucoup galéré, âgée, qui vivait dans une maison à la limite de l’insalubrité, avec un très grand jardin. À l’intérieur, c’était un escalier très raide, difficile d’accès. Elle marchait déjà avec une canne quand je l’ai connue. Et j’avais, dès le départ, décidé que je ferais le tour de la place pour aller me présenter, pour dire, voilà, j’arrive, je m’appelle comme ça, je viens vous dire bonjour, je me présente. Donc c’était ma plus proche voisine et c’est certainement celle avec laquelle j’ai lié les relations les plus simples et les plus authentiques. Ça c’était à ma droite. A ma gauche, il y avait un bel enclos, un verger, une petite maison plutôt coquette qui était habitée pendant six mois de l’année par une vieille demoiselle qui travaillait à la Poste à Paris et qui venait une fois sa retraite prise passer quelques mois, prendre l’air du pays, retrouver sa famille, ses petites habitudes de jeunesse et de rendez-vous de famille, repas de famille. Au fond de la place il y avait la Raymonde. La Raymonde c’était une femme qui n’avait renoncé à rien et surtout pas à tous les plaisirs. Elle avait un immense jardin alors ça distribuait à volonté des légumes, des histoires, des contacts et des relations qui étonnaient beaucoup le voisinage aussi. Par exemple elle avait des amants qui passaient et qui revenaient, qui repartaient, des brouilles des crises voilà. Et un peu plus loin il y avait Petit Louis petit louis. C’était un ouvrier agricole un peu aigri, un peu alcoolique aussi, qui n’est pas resté très longtemps, qui est mort assez rapidement. Il y avait d’autres gens, mais c’est ceux-là avec lesquels j’ai eu les relations les plus intéressantes, les plus suivies.

Alors c’était autour du jardin, autour des animaux. Mais surtout, moi j’avais envie de connaître un peu la commune dans laquelle j’arrivais, où je ne connaissais rien. Ils m’ont appris effectivement beaucoup de choses. Et puis, Élise Roussel a vieilli, elle ne pouvait plus monter son escalier. Ses petits-enfants l’ont installée dans un appartement un peu plus correct en ville. Elle ne connaissait personne et elle a perdu ses repères. Et très peu de temps après, à l’hôpital de Decazeville, elle a décidé de nous quitter. Mademoiselle Salles, un beau jour, les volets de sa maison ne se sont plus ouverts l’été. Donc elle aussi, la maison a été louée. Petit Louis pareil. Et Raymonde a suivi son dernier amant. Enfin, on pense parce qu’on ne sait pas trop. Donc ce paysage-là, c’était des maisons où ils étaient pratiquement tous propriétaires. Et c’est devenu petit à petit des locations. Ou des gens qui se sont installés, mais des gens nouveaux. Donc à côté de moi, c’est une famille, cinq gamins, un jardin avec deux grands chiens qui gueulent tout le temps et puis les incontournables trampolines et les petites maisons en plastique de toutes les couleurs. Un peu agressives quand même les couleurs et des gens qui n’ont pas d’adresse sur leur boîte aux lettres, qui n’ont pas de sonnette et que j’ai appris à connaître à partir du moment où il y a eu des conflits en fait. Raymonde, ça a été loué. Une autre, c’était la maison qui a été aménagée par cette famille. Et les grands jardins qui étaient le charme de cette place, parce que c’est une place où il y avait des bancs, où on se retrouvait de temps en temps, ils ont été lotis avec des petites maisons, pas belles, bien serrées.

Donc le réflexe des gens, c’est de s’abriter un peu les uns des autres. Alors on met des clôtures, on met des portails, on met des sonnettes, on a des portails à télécommande. Et puis petit à petit, ce tissu que je trouvais plutôt enrichissant, il s’est complètement délité. D’une société un peu rurale, on est devenu à des réflexes urbains. Et la question que je me suis posée, moi, c’est qu’est-ce que c’est que d’être un voisin ? J’étais disons semi-rurale, mais j’avais décidé de quitter la région d’Aurillac pour me rapprocher du Lot et de l’Aveyron et puis de gens que je connaissais un petit peu sur la Châtaignerie. Et c’était un pari, puisque j’avais déjà 65 ans. C’est une aventure... Et je regrette qu’on n’ait pas... On n’est plus... Et c’était des petits quartiers, et avec des unités, des liens qui étaient intéressants. Voilà. Ca s’est envolé en 10 ans. C’est un questionnement pour moi sur la relation sociale et le voisinage voilà. C’est ma dernière demeure. Parce que je m’y plais bien, l’espace que je me suis fabriqué pour moi me plaît. Il y a d’autres gens un peu plus loin aussi. Je participe à des associations dans la commune, mais c’était cette espèce de quartier rural que je trouvais assez chouette.