C’était un jour de juin dans les années 80, je dirais 84, 83. J’ai dirigé pendant toute ma vie l’orchestre que j’ai créé qui est devenu la compagnie Obsession.
A l’époque, on faisait des bals. D’abord dans la région et puis partout en France. Mais c’était à l’époque une structure de rock et pendant une dizaine d’années où on a plutôt bien marché j’ai ressenti l’unité de l’équipe et l’unité avec le public. Parce que les bals, c’est pas que la scénographie, c’est tout un tas de choses à côté.
Et sur cette date de juin, samedi fin juin, c’était dans le cadre d’un nouveau quartier dont j’ai perdu le nom, il y avait des HLM qui sortaient de terre et on était en train de jouer un morceau de l’époque que tout le monde connaît. C’est Shine on you crazy diamonds de Pink Floyd. Et il y avait du vent en tempête. C’était dans un chapiteau parce qu’à l’époque tous les bals se déroulaient dans un chapiteau. Il n’y avait quasiment pas encore de salle de fête, du moins des grandes salles des fêtes parce que nous étions quand même un orchestre important et il y avait pas mal de gens qui venaient aux manifestations qu’on animait. Et le vent s’est levé dans l’introduction, je jouais dans l’introduction avec l’orgue Hammond derrière avant que le morceau démarre et puis bon, c’est un morceau qui dure. Dans la version complète 20 minutes. Et arrive alors une tornade terrible qui enlève la bâche au dessus de la scène et on peut voir tout de suite le ciel. Et à mesure que j’avançais dans l’introduction, je vois le reste du chapiteau comme dans un jeu de cartes : le chapiteau s’en va, s’en va, s’en va et s’envole. Le toit du chapiteau, la bâche du chapiteau. Maintenant, on aurait entendu les pompiers, les flics tout de suite, ça aurait été branlement de combat, plan d’urgence, etc. Là non : les gens sont restés assis, il y avait quelques pétards aussi c’est vrai et ils sont restés assis pendant les 10 minutes ou les 15 minutes, je ne sais plus quelle version on a fini par jouer, ça paraît idiot dans un bal un morceau qui dure 10 minutes ou 20 minutes. Et jusqu’à la fin du morceau les gens n’ont pas bronché. C’est un souvenir inoubliable, inoubliable. D’ailleurs, il y avait une telle sérénité que le comité organisateur n’a pas bougé non plus, on ne s’est pas tellement émus parce que la bâche est partie se mettre contre des bâtiments dans le chantier. Tout s’est calmé en fait c’est à dire que le bal a continué, c’est un souvenir merveilleux. A l’époque on faisait beaucoup de HLM, ils avaient mis un chapiteau qui était suffisamment long, ils étaient étroits aussi les chapiteaux parce que pour les questions de solidité quand il avait fait 8 mètres de large c’était le maximum ; par contre ça pouvait faire 45 mètres de long, ce qui donnait l’impression d’une grande salle. La magie de l’époque, la musique de Floyd. Et puis, les cantalous qui ont supporté l’épreuve, et puis nous, on était les rois du monde, parce que quand tu réchappes à ça, c’est magnifique. Voilà, j’ai fini.