Lorsqu’on est pompier, toute intervention débute par un « appel bip », petit boîtier porté 24h/24, qui nous prévient individuellement d’une alerte. Ce jour là, 2 bips sonnent dont le mien et affichent sur l’écran « D680 : choc véhicule vs animal ». Je pars donc sur les lieux avec un coéquipier et après environ 15 minutes de route, nous sommes sur zone, une famille nous attend sur un parking du bord de la D680, une femme et deux adolescentes près de leur véhicule. Prises de panique, les trois personnes nous racontent leurs mésaventures : « Il faisait très chaud, nous nous sommes arrêtées sur ce parking pour faire boire le chien, nous n’avons pas eu le temps de lui mettre la laisse qu’il a traversé la route, s’est fait taper par une première voiture, a retraversé la route et s’est fait percuter une deuxième fois, est passé devant nous et a basculé par dessus la falaise d’environ sept à huit mètres. Et depuis plus rien. ».Les deux ados sont en pleurs. Je questionne la mère :
Vous avez essayé de le chercher, de quel type de chien s’agit-il ?
C’est un grand malinois, mon mari est parti à sa recherche, il a failli dégringoler de la falaise et depuis, il est en bas de la vallée.
A t’il un portable ?
Elle me donne le numéro et j’appelle donc le père. Il me répond qu’il est prêtà remuer ciel et terre pour retrouver son chien, ses filles ne lui pardonneraient pas. Nous, pompiers, sommes dans une zone qui n’est pas de notre compétence. J’appelle mon supérieur pour avoir des directives, il me donne le feu vert sous conditions de non prise de risques. Mon collègue avait pris contact avec une connaissance locale qui lui indique un sentier au pied de la falaise débutant à 500 m plus loin. Nous l’empruntons, c’est un chemin embroussaillé et escarpé, et au bout de 10 minutes, je préviens mon binôme que quelque chose bouge un amas de cailloux, nous nous approchons à pas feutrés pour ne pas l’effrayer, il gémit dés qu’il nous voit mais, stressé, tend à s’éloigner. Nous stoppons notre avancée vers lui et l’appelons. Cette manœuvre semble réussir et avec patience, mètre par mètre, il s’achemine vers l’entrée du chemin. La prévoyance étant la mère du pompier, j’anticipe la suite en appelant le propriétaire, pour lui annoncer la bonne nouvelle. Eclat de joie au bout du fil. Je lui explique où se trouve l’entrée du chemin et de nous y rejoindre pour récupérer le chien mais de ne surtout de ne pas venir à notre rencontre. Bien sûr, il ne s’exécute pas, ne retrouve donc pas le chien et retour à la case départ. Avec persévérance, le toutou est rendu est rendu à ses maîtres qui étaient tous dans un état de joie indescriptible. Et nous, sentiment de mission accomplie.