Bouillotte, il réparait les fourneaux et tout ça. Bouillotte, c’était le brasseur, il braconnait un peu. Mon frère faisait les installations de gaz, il montait les installations de gaz dans les maisons. Quand on mettait le propane dans les maisons, on mettait les tuyaux et tout ça, et mon frère il faisait ça. Et il travaillait avec lui.
Et le bouillotte, il avait une dent un peu contre les gendarmes. Et il allait au bistrot, il allait tous les matins au bistrot, qui est, comment je vais te dire, à côté de la boulangerie.
Et alors, un matin, il tombe là, au comptoir, et va dire que le petit blanc, le petit...
Bon, comme ça se passait il y a quelques années de ça. Et alors, tout en buvant le petit blanc, il y avait un mec qui était au bout du comptoir. Qu’on appelait le bourru. Il était carrier et il faisait des... Il extrayait de la pierre dans la vallée de la Rance, du schiste de la vallée de la Rance. Et le bourru, il était très copain avec les gendarmes. Parce que quand il savait quelque chose, il allait le dire aux gendarmes. C’était connu. Et alors notre réparateur de poêles, en buvant le café, il parlait à un copain et il lui dit : je vais à la pêche ce soir, je vais aller sur Saint-Constant, je vais aller sur le croc grassou là-bas, il y a des truites, tu ne peux pas savoir les truites qu’il peut y avoir là-bas sur le croc grassou, mais il faut monter un peu haut. Ah bon ? Et l’autre qui écoutait au bout du comptoir, il écoutait ce qui se passait là. Et le soir, les gendarmes font la tournée, ils avaient une deux-chevaux à l’époque. Et il y avait deux gendarmes qui s’appelaient Borne et Sautarel. Et les deux, Borne et Sautarel, tout doucement, avec la deux-chevaux, ils font le tour, ils avaient fait le tour, je ne sais pas trop comment, mais ils avaient fait le tour, et en descendant, la deux-chevaux, vous savez, ces bagnoles, elles faisaient toujours, quand on freinait, elles couinaient.
Bon. Et alors, le bouillotte en question, il avait préparé à un endroit, il avait mis une lanterne qui était pendue. Dans un arbre, au pied du ruisseau, il s’était mis à 30 ou 40 mètres ou 50 mètres avant la lanterne, il y avait foutu une ficelle et il bougeait la lanterne.
Et les gendarmes, ils voient ça, ils arrêtent la voiture le long de la route, et puis ils arrêtent la voiture le long de la route, ils s’arrêtent et ils descendent pour choper le type. Mais le bouillotte, il s’était mis sur le bord du sentier qui suit le sentier de pêche qu’il y a toujours là. La pêche, il s’était mis sur le bord. Quand les deux gendarmes étaient là, il te les prend tous les deux et boum ! Il te les envoie à l’eau.
Et il est parti comme un obus. Et il monte là-haut, il monte à la voiture. Et à la voiture, qu’est-ce qu’il fait ? Il ouvre le capot de la voiture, il pique le Delco. Il pique la tête de Delco et il se barre. Et là les gendarmes tout mouillés, ils arrivent à la voiture et pas moyen de démarrer cette putain de voiture, qu’est-ce qui était arrivé bordel ? Le lendemain, ça fait le tour de ville parce que quand ils sont arrivés à Maurs, la gendarmerie était au tour de ville. Et là, ils étaient obligés de monter toute l’avenue de la gare, tout mouillé. Ils venaient de Saint-Costant mouillés. Le temps qu’ils arrivent, il était 8h ou 9h du matin. Et alors tous les gens, évidemment, dans nos pays, quand il y a une histoire comme ça qui se produit, tout le monde la regarde passer, puis tout le monde la rapporte. Et tout le pays a su l’histoire. Et mon frère a travaillé avec Bouillotte. Alors, au café le matin, on lui raconte l’histoire. Et on lui dit ce qui s’est passé. Et le frère qui avait un doute, il dit à Bouillotte : dis donc, c’est toi qui as foutu les flic à l’eau ? Moi ? Ah surtout pas, mais t’es pas bien non ?
Yves Maurs
La maréchaussée à l’eau !
’Et tout le pays a su l’histoire !"