Quand j’étais petite, ma mère était présidente du MRAP. C’était le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples. Donc on habitait à Riom, à côté de Clermont-Ferrand, à 15 minutes de Clermont-Ferrand. Pas Riom-és-Montagne, mais Riom-du-Puy-de-Dôme.
Et dans le cadre de son activité associative, elle avait organisé à Riom une exposition avec concert contre le racisme. Il y avait SOS Racisme, Amnesty International, donc c’était vraiment quelque chose de chouette, ça m’a... ça a participé à mon ouverture d’esprit, on va dire.
Et dans le cadre de cette exposition, un soir, il y a un groupe maghrébin qui est venu faire un concert. Alors malheureusement, j’ai oublié le nom du groupe. Un concert de raï. J’adore le raï. J’avais, je ne sais pas, une dizaine d’années. Et donc ils ont joué leur musique, on a dansé, c’était vraiment hyper festif. Et il y avait une dame qu’on connaissait, je me souviens de son nom, j’adorais ce nom-là, elle s’appelait Madame Meltachi. Et donc elle était algérienne. Et elle s’est mise à danser, danser, danser, c’était vraiment hyper joyeux. Et à un moment donné... Moi j’étais petite et assez impressionnable et j’ai vu cette dame qu’on connaissait, que j’aimais énormément et qui, en dansant, s’est mise de plus en plus à entrer dans la danse et s’est mise en transe littéralement. Et c’est une expérience absolument déroutante. Donc j’ai vu cette femme en transe et j’ai eu très très peur parce que... Je ne savais pas ce qui lui arrivait. J’avais l’impression même qu’elle allait mourir parce que quand on est petit, quand on est enfant, on est tellement impressionnable. Et dans un premier temps, j’ai vécu ça, même pendant longtemps, comme quelque chose de négatif, comme quelque chose, une souffrance qui lui est arrivée à cette femme qui s’est retrouvée par terre. Il a fallu qu’on amène de l’eau et tout parce que la transe, c’était une vraie transe.
Et bien des années après, j’ai réfléchi à cet épisode-là. Et j’ai compris à quel point ce n’était pas du tout négatif. C’était un vrai événement positif d’une femme, d’un être humain qui danse follement, qui libère une espèce d’énergie animale, dionysiaque. Et ça m’a profondément marquée, cette chose-là, comme quelque chose d’hyper sensuel. C’est un modèle beau, vraiment très très beau. Et en plus, le fait que ce soit une femme algérienne, musulmane, je trouve que le symbole en plus est vraiment très fort et que j’associe à une espèce de libération.
Valérie Saignes
la transe et le raï
"J’associe ça à une espèce de libération..."