Mais voilà, je suis arrivé ici il y a... Quelques temps, 45 ans à peu près, avec Martine. Et je suis venu tous les ans, puis au bout d’un moment deux fois, puis trois fois, puis cinq fois. Et il y a deux ans et demi, deux ans, nous nous sommes installés en résidence principale à Drugeac, après une longue période de « fiançailles » avec le bourg. Et il y a... Un an ou deux, deux ans peut-être, il y a un monsieur d’ici, un monsieur qui aura 90 ans dans une semaine exactement, c’est Fernand. Qui un jour, là dans la rue, là juste devant, m’a raconté l’histoire de l’âne. Il m’a raconté qu’à la fin du 19e siècle, ils ont construit la ligne ferroviaire, la ligne de train. Et pour ce faire, ils ont creusé le tunnel de Drugeac. Le tunnel qui est juste au-dessus. Et qui débouche sur la vallée, du côté de Ferluc. Je l’aime bien la vallée de Carcale, j’aime bien le mot Carcale.
Et donc ils l’ont creusé, alors tous les déblais qui venaient de ce creusement, qu’ils ont dû faire je suppose... Un peu à la main, à la pioche. Je ne sais pas s’ils utilisaient de l’explosif à l’époque, mais je ne crois pas. Ca a fait quand même beaucoup, beaucoup de gravats qu’ils ont mis. Dans le pré qui se trouve juste là au-dessus, juste au-dessus du cimetière. Et ce qui donne à ce pré cette colline qui peut paraître un peu surprenante. Une colline un peu anachronique. Par contre, M. Fernand m’expliquait qu’en creusant ce tunnel, ils ont découvert une source. Et une source, à l’époque et encore aujourd’hui, peut-être plus encore, c’est... Ça se canalise, ça se protège.
Et donc, ils ont fait un second petit tunnel sous, peut-être un peu sur le côté du tunnel ferroviaire. Le tunnel fait 600 mètres, il me semble. Donc, c’est un tunnel qui fait quand même un sacré bout de chemin. Et en plus, il est courbe, les deux tunnels, le vrai ferroviaire et le petit tunnel doit être courbe. Courbe, oui, je dis ça parce que quand on est au milieu, en plein jour, c’est le noir total. On ne voit absolument rien. Et donc, ils ont fait un tunnel qui débouche dans le pré, juste au-dessus du cimetière, et qui donne une source que l’on entend couler de la rue.
Et un jour, quelqu’un a perdu un âne. Il y avait un âne qui était dans un pré. Et au bout d’un moment, l’âne n’était plus dans le pré. Donc ils ont cherché l’âne. Et ils ont dû le chercher je ne sais combien de temps. Puis au bout d’un moment, ils ont abandonné parce qu’ils avaient autre chose à faire. Et... Les jours ont passé. Et il y avait les enfants de l’école, je ne sais pas si c’était des garçons ou des filles, qui avaient une fâcheuse habitude, c’était de rentrer dans le tunnel ferroviaire. Je vous assure qu’il fait noir comme dans un four là-dedans, même en plein jour. Ils y allaient, ils arrivaient à vaincre leur peur du noir. Par contre, un jour, les deux oreilles qu’ils ont vues dépasser d’une grille, dans le sol, ça leur a fait trop peur. Ils sont repartis en courant, ils ont dit ça aux parents. Les parents sont allés dans ce petit tunnel qui débouche dans le pré là.
Et ils ont retrouvé l’âne qui était là, d’après Jojo, lui parle de deux ou trois semaines. Alors il avait à boire, mais deux ou trois semaines sans manger, il devait être un peu maigrichon.
Ils ont réussi à le faire ressortir et depuis ils ont mis quand même une clôture devant. Le petit tunnel, l’entrée du petit tunnel de la source qui se trouve là. Bon, l’âne a survécu. Ça me plaît bien.
Thierry Drugeac
L’âne perdu dans le tunnel
Comment on a retrouvé l’âne...