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Sylvain Maurs
Le parachute et le management

Je vais vous raconter une petite histoire d’un homme qui est né en 75, comme moi. Donc de 75 jusqu’à devenir jeune homme, une éducation très catholique, très axée famille, avec des bases, avec des règles. On t’apprenait à marcher avec un appareil. Et au final...
18 ans arrivent, le régiment m’appelle et je pars à cette époque-là dans un endroit où personne ne me disait d’aller parce qu’on me disait : tu vas aller là parce que tu joues au rugby, donc tu vas aller dans le régiment d’à côté. Je lui dis non, si je vais quelque part, ça ne sera pas là. Si je vais quelque part, c’est pour découvrir quelque chose. Donc je vais décider à ce moment-là d’aller dans les parachutistes.
Et finalement, je fais cette instruction, et dans les parachutistes, on t’apprend à répéter un rituel qui va te donner toute la confiance pour arriver à monter dans un avion, où on va ouvrir une porte, on va t’accrocher à une sangle, et tu vas sauter par la porte. Donc, à ce moment-là, la seule chose que tu sais, c’est que tu prends conscience que tu ne sais pas.
Et tu te retrouves deux secondes face à la porte. Et tu la franchis. À ce moment-là, tu as 18 ans, on t’a appris que les règles, que toutes les choses qu’il fallait respecter, et là, c’est comme à la naissance, tu as le cordon, la sangle, qui lâche. Et tu te retrouves tout seul, sous une toile, qui tarde à s’ouvrir, parce que 3 secondes, ça dure un certain temps, une grosse claque, 150 km heure.
Le vent arrive, la voile se gonfle et tu ouvres les yeux. Tu apprends à respirer parce que tu as eu tellement peur que tu... Tu te dis, mais je suis encore là. Tu fais un tour d’horizon, parce qu’on t’a dit qu’il fallait la vérifier.
Une fois que tu as fait ça, tu regardes l’espace et tu prends conscience que tu es vivant. Tu vois arriver le sol, les arbres grandir, tu te poses au sol. Donc suite à ça, je suis devenu...Un être vivant. J’avais balancé toutes les règles, toutes les histoires qu’on avait racontées avant. Je commençais à écrire la mienne. Donc je fais ce temps au régiment et...
Je rentre dans la vie active. Là tu arrives avec ton poncho à la maison, on te met bien la pression, il faut t’inscrire à tel endroit, il faut que tu travailles, il faut que tu travailles. Donc, beaucoup de pression, mais une seule certitude, c’est qu’à ce moment-là, je ne savais pas non plus où j’allais.
Donc, c’était de réapprendre à poser un pied. Mais chaque seconde qui passait, c’était de faire un deuxième pas pour que le temps d’après ne te crée l’opportunité d’avoir un choix.
Et donc à ce moment-là, je choisis de revenir aux fondamentaux. Je décide d’aller dans la voie de garage, donc d’apprendre la mécanique. Donc j’apprends la mécanique pendant quelques années où j’apprends à chercher une panne. Une panne c’est quoi ? C’est un moment où ça s’arrête, le déséquilibre devient équilibre, tout s’arrête et les gens commencent à râler parce que la mécanique ne fonctionne plus. Donc il y a une odeur, il y a un son, il y a une identification, un point à identifier.
Et ça je l’ai fait pendant des années. Bon, ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Et au bout de... D’une dizaine d’années, j’ai découvert que la même mélodie, cette cacophonie de la mécanique était transposable à l’homme.
C’est que tout ce qui nous entoure a une odeur, a une mélodie, un bruit, a un son, c’est un tout. Mais ce tout, ça commence par la prairie, ça va dans le rumen de la vache, ça va devenir un fromage, ça va devenir du saucisson, ça va devenir une soupe, ça va devenir... Quelque chose qu’on va mettre dans notre bouche, mais ça va devenir nous. Et qu’à partir du moment où on prend conscience de ça, on peut devenir mécanicien de la vie.
Et le jour où j’ai découvert ça, je suis devenu manager. Voilà, c’était une belle histoire.