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Roland Drugeac
Souvenirs de Jojo, qui aimait le rouge et le vélo

"Voilà qui était pour moi Jojo..."

Quand on était petits, ma mère - on était une famille nombreuse - travaillait l’été dans la restauration et mon père aussi. Donc des fois, on allait dans la famille à Drugeac, on allait à la ferme parce qu’ils avaient une petite ferme. Ils étaient plusieurs frères et sœurs. Et il y avait surtout mon oncle Jojo. C’était tout à fait le type de l’Auvergnat avec son béret, sa moustache. Et puis c’était un pur communiste. C’était un vrai rouge. Et puis il avait une peur. Il nous parlait à chaque fois qu’on le voyait du péril jaune. C’était qu’on allait être à long terme mangé par le... Par les Chinois. Alors il avait toujours sa cigarette au coin de... La bouche, là, rallumée avec son briquet tempête, là, avec une flamme comme ça.
Donc, c’est plein d’images comme ça. Alors, l’été, on y allait. C’était surtout par les travaux de la ferme. Nous, on donnait un petit coup de main. Et puis, c’était à l’ancienne, avec... Ils attelaient les deux bœufs. Et puis, avec le char. Et puis, ils rentraient ça à la grange. Et puis Jojo, dès qu’il pouvait s’échapper, il aimait bien boire un petit canon. Donc le soir, après, quand il avait bien travaillé, il passait dans les maisons et puis il allait prendre des nouvelles.
C’était le prétexte, mais bon, c’était l’histoire de boire un canon. A l’époque, une des rares distractions qu’ils avaient, c’était le Tour de France. C’était au mois de juillet, c’était le Tour de France. Alors Jojo, lui, c’était un fan du tour et alors ils abandonnaient quand ils étaient dans les champs les travaux et ils rentraient à la maison. A l’époque c’était l’intérieur auvergnat, il y avait une table de ferme, c’était vraiment le confort le minimal quoi qu’ils avaient. Et Jojo, sa place était à côté de la radio, c’était les vieux postes à radio, les vieux postes à lampes, les mêmes qu’ils avaient pendant la guerre, qu’ils écoutaient les messages. Et Jojo, il avait l’oreille collée. à la radio parce que bon il n’y avait pas toute l’étape qui était diffusée pardi mais il y avait les derniers kilomètres et Jojo lui, il manquait ça pour rien au monde. Il avait c’était une mémoire fabuleuse parce que lui, il s’était baigné dans l’époque des Anquetil, des Gimignani. Et Gimondi et Bartali, ils connaissaient ça par cœur. Et Jojo, tu lui posais une question, il était capable de te raconter telle année. Il te racontait les dix premiers dans l’ordre du Tour de France. Il te disait tel français qui avait gagné à telle étape. Il savait ça sur une vingtaine d’années. C’était vraiment une encyclopédie pour le Tour.
Et après, il y avait la fête à Drugeac où il y avait toujours la course de vélo et c’était un des moments forts. Et toujours, il était aux premières loges. S’il avait pu courir, il aurait été... Mais bon, il ne ratait pas une aussi, une des fêtes des courses de vélo de Drugeac. Voilà. Et après, bien sûr, ça finissait au bistrot du coin, chez Magne ou ailleurs. Et puis...
Voilà, c’était la vie à Jojo. C’était des pauvres familles qui n’avaient vraiment très peu chez eux. C’était ses loisirs qu’il avait. Après, c’était le boulot. Il se levait à 6h du matin pour traire et toute la journée à la ferme. Mais les rares moments où il avait comme ça de loisirs, il vivait ça à fond. Voilà, donc pour moi qui était Jojo.