Peuple et Culture Cantal
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Raphaelle Saignes
Mes adieux à l’insomnie

" c’est des petits trucs. Et puis, un jour, c’est bon.."

J’habite dans le Cantal, pas très loin de Saignes, dans une superbe baraque où il y a trois chênes qui m’ont attirée là. Voilà, j’y suis très heureuse. Et je vais vous raconter un moment, une période où j’étais très malheureuse parce que je ne dormais pas. Voilà, de 7 ans à 37 ans, j’étais insomniaque. Atroce quoi. Et ça a commencé assez jeune effectivement. J’avais la chance ou la malchance d’avoir un grand-père pédiatre. Et il aimait beaucoup les médicaments. Donc moi, à partir de 7 ans, j’ai commencé à prendre du teralène. Il me semble du procalmadiol aussi, si je me souviens bien. En tout cas, le teralène, c’est sûr.
Et je me souviens, quand il y avait des classes vertes ou des classes de neige, les moniteurs disaient : Ah bon ? T’es sûre que tu prends ça ? Donc ils appelaient ma mère, qui disait : Si, si ». Les moniteurs étaient super... ils étaient étonnés et choqués que je prenne des médicaments comme ça. Je ne sais pas, c’était entre 7 et 27 gouttes. Enfin, je ne me souviens plus très bien, mais il y a un moment où le compte-gouttes était bien plein. Et donc après, j’ai pris, je crois, du Procalmadiol. Et puis après, ça a continué comme ça. J’ai pris de l’équanil, j’ai pris du Temesta, du Stilnox. C’était comme ça toujours dans ma famille, médicaments, médicaments, c’était un peu la culture. Et puis moi, plus ça allait, plus je résistais aux médicaments. Enfin, ça ne me faisait pas dormir, je résistais et j’étais insomniaque suivant les moments. Soit je m’endormais très tard, soit je me réveillais très tôt, soit les deux. Donc il y avait des périodes assez longues où je dormais 3-5 heures par nuit, mais parfois 3. Et je trouve que dans ces cas-là, je n’étais pas du tout somnolente dans la journée. J’étais hyper alerte, j’étais hyper tendue en fait. Je tenais sur les nerfs. Et c’était vraiment une souffrance très importante. Et ça, de 7 à 37 ans, du coup, ça... Ça définissait un peu ma vie. Bon alors, et tout le monde me disait : et alors, tu dors en ce moment ? Ma vie tournait autour du non-sommeil. Et puis, j’ai essayé le shiatsu. J’ai vu un grand maître shiatsu qui m’a appuyée dessus, qui m’a fait un mal de chien. Ça n’a pas fonctionné. J’ai fait de l’hypnose, j’ai fait de l’acupuncture. J’ai fait, mais vraiment... Ça marchait pas. J’ai vu des psys bien sûr. Une fois, quelque part j’avais encore la foi que ça marche, j’étais opiniâtre parce que j’ai encore essayé quelque chose et je suis allée voir une psychiatre du sommeil, enfin spécialiste du sommeil, que je remercie encore, qui s’appelle Agnès B.
Elle m’a dit : ouais, c’est pas cool, mais je vais pas vous prendre en... En individuel, parce que vous avez déjà fait plein de choses. Du coup, c’est pas la peine, on va pas creuser plus, ça sert à rien. Allez à un groupe, des groupes de sommeil, des groupes d’insomniaques en fait. C’est comme des groupes d’insomniaques anonymes. Et c’est super marrant, les gens ont tous leurs astuces. Par exemple, ils vont se transporter toujours avec leur oreiller ou avec leur petite lampe de chevet. Ou une odeur de patchouli ou je ne sais quoi. Enfin, chacun a son truc. Ou bien quand il ne dort pas, de faire un masque de beauté.
Ou bien de faire... Dénerver du foie gras. Ça, c’était Agnès qui faisait ça. Et donc, elle nous aidait à... Désacraliser, je ne sais pas comment on dit, l’insomnie, à la faire un peu redescendre de son piédestal, je ne sais pas comment on dit.
Et voilà, et donc en introduction de ce groupe, elle expliquait comment fonctionnait le sommeil et à la fin, il y avait une séance de relaxation. Et là, il y a une nana qui nous a fait une séance de relaxation, donc genre, vous sentez vos pieds, vous sentez ceci... Et puis je me suis endormie. Mais c’était extraordinaire. Parce que je ne me suis pas endormie longtemps, mais suffisamment pour tout me défroisser, me détendre et tout. Puis je ne m’en suis pas rendue compte, c’est Agnès qui m’a dit : voilà, vous avez dormi. Et c’était un grand moment. Après, je suis devenue vraiment une marathonienne de la relaxation.
J’en ai fait énormément et ça m’a énormément aidée soit à dormir, soit à ne pas souffrir si je ne dormais pas. C’est-à-dire, je peux faire de la relaxation dans la journée pour détendre tout mon corps et tout et ça fait du bien.
Et puis, ce que m’a appris Agnès, c’est que quand on ne dort pas, il faut sortir du lit. Et c’est très pénible. Quand on ne dort pas pendant 20 minutes, il faut sortir du lit et faire quelque chose, masque de beauté, dénerver du foie gras, ce qu’on veut. Donc moi, ça aurait plutôt été le coloriage. Et du coup, en fait, il y a plein d’idées qui ont été émises par le groupe. Et du coup, j’ai écrit un livre, le cahier de sommeil.
Et donc, pas succès fou, mais quand même quelques milliers de personnes qui du coup ont mon livre entre leurs mains. Et j’espère que ça les aide.
C’est des petits trucs. Et puis, un jour, là, c’est bon. Et depuis, je suis... Maintenant, ça m’arrive de faire des insomnies, mais déjà, c’est quand même assez rare. Ou bien j’ai un gros souci, bon voilà, mais... Et puis j’en fais pas une maladie, quoi. C’est pas grave si je dors pas une nuit, deux nuits, ça a pas tellement d’importance, ça me fait pas peur.