Ce que je vais vous raconter en lien avec le cheval parce que je suis monitrice d’équitation.
Et maintenant, je suis aussi prof en lycée agricole, prof d’économie. Et donc, je suis très attachée à l’agriculture bio. Donc moi, j’avais 16 ans, à peine 16 ans. Ça se passe dans le Gard, dans un petit village qui s’appelle Saint-Julien-de-Cassaniasse. Et donc j’étais à cheval, je préparais le championnat de France de concours complet. Et donc, j’étais dans une carrière, un bac à sable pour cheval, quoi.
J’étais dans une carrière et je faisais un cercle trop vite pour que la transition passe bien. En fait, il faut que... C’est assez compliqué pour être vraiment en accord avec son cheval, que ce soit fluide, qu’il ait compris ce qu’on lui demande, qu’il le fasse avec ses muscles qui soient souples, etc. Enfin, voilà, ça demande beaucoup de concentration. Et donc, il y avait mon moniteur au milieu qui... Et donc, ça a duré 20 minutes quand même. Donc, trop, galop, trop, galop, sur un cheval qui s’appelait Volcan des Roches, je m’en souviens.
Et d’un coup, en fait, j’ai senti mes atomes qui se mélangeaient avec le cheval, le sable, les chaînes verts, le mur du manège, etc. Et voilà, c’est ça que je veux raconter. C’est une sensation qui est que personnelle, en fait. Mais je sais que c’était un peu réel, parce que mon moniteur a dit : là, c’est bien. Et je lui dis oui, je sais. Parce que d’un coup, j’étais vraiment... Le cheval était super bien, bizarrement. Et voilà. Et donc ça, à 16 ans, j’ai pas compris du tout ce qui s’était passé. J’ai compris, peut-être j’avais 40 ans.
Mais en fait, ça a vraiment guidé toute ma vie. Et je pense que c’est un peu pour ça que je suis dans le Cantal aussi. Parce que je trouve que dans le Cantal, en fait, la nature est plus forte que l’homme. ...
Mais pour moi, j’ai les mêmes atomes que le brin d’herbe, le ver de terre, la vache, évidemment, et vous aussi. Et le fait d’avoir cette conscience-là, en fait, on ne fait pas de l’agriculture pareil. Je ne peux pas dire : je vais mettre des pesticides, mais ce n’est pas possible, je vais me polluer moi même. Et ça, quand je l’explique, on me dit t’es fleur bleue, machin.
Je dis non, je le sais, je l’ai vécu. Et alors je veux en parler parce que je pense qu’il y a plein de gens qui vivent des trucs comme ça, mais qu’on n’en parle pas parce qu’on est trop... Dans un monde qu’on croit matérialiste, là, alors que c’est pas vrai, en fait. Y a pas que ça. Je pense qu’il faudrait que tout le monde dise un peu ce qu’il ressent.
Je suis sûre que les agriculteurs ressentent plein de trucs avec leurs animaux. Moi, j’ai déjà senti la prairie qui me disait, là, c’est le moment de passer les herses. On le sent, là, ça monte dans les tripes, là. On dit, là, il faut aller faire quelque chose dans la prairie. Elle appelle, quoi. Je suis sûre que vous sentez des trucs comme ça.
Et avec les animaux aussi, je veux dire, c’est... C’est tellement un métier qui est proche des atomes, de la vraie nature, que je suis sûre qu’on ressent et que vous ressentez plein de trucs. Voilà. C’est fini.
Pauline Maurs
Les atomes et le cheval
"Il faudrait que les gens parlent un peu plus de ce qu’ils ressentent.."