Peuple et Culture Cantal
Slogan du site

Projection de documentaires, ici, là-bas ...

... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Monique Drugeac
Les veillées au village

" Bon, allez, ce soir, on fait une veillée..."

Les veillées, on s’invitait les uns chez les autres, mais souvent c’était des gens qui avaient l’habitude de se rencontrer entre eux. Un coup c’était chez l’un, un coup chez l’autre, et puis à tour de rôle comme ça. Il n’y avait pas de date précise.
Alors moi, comme j’aimais bien ça, je battais un peu la campagne pour leur dire « Bon allez, on veille ce soir, on fait une veillée ». Puis on se retrouvait.
Alors quand on se retrouvait à la ferme, par exemple, où il y avait un cantou, il y avait des grillés de châtaignes, il y avait des personnes qui jouaient aux cartes, d’autres qui jouaient aux dames, d’autres qui tricotaient.
Bon, ça racontait des histoires, ça rigolait. Et puis en fin de soirée, il y avait un gros casse-croûte. Avec de la charcuterie, du fromage, des gâteaux et ainsi de suite.
Voilà, mais les gens racontaient des histoires. Et les personnes un peu plus âgées, d’ailleurs, racontaient des histoires des fois bien drôles, quoi. Et en patois, en plus. Parce que moi, je ne parle pas le patois, mais je le comprends quand même. Alors, ce qui était drôle aussi, c’est quand on part d’ici, pour aller travailler ailleurs, à Paris entre autres, ou ailleurs, et qu’on revient le week-end ou comme ça, et bien les vieux - je ne le dis pas, parce que maintenant j’ai leur âge - quand ils nous rencontraient, s’ils parlaient entre eux en patois, d’un coup ils se mettaient à parler français parce qu’ils croyaient qu’on ne comprenait plus. Alors moi je leur disais, mais continuez à parler patois, je le comprends toujours.
Et puis raconter leurs histoires en patois, au veillée, ça a une autre saveur.
Alors, on était tous là : il y en avait qui étaient à table et qui jouaient aux cartes, et puis d’autres qui étaient dans le cantou, puisqu’il y a les chaises de cantou, et autour. Et puis voilà, chacun prenait sa place et puis après on se retrouvait tous à table, par contre, pour casser la croûte.
Ceux qui jouaient aux cartes, ils parlaient entre eux. Ceux qui étaient autour dans le cantou, autour du cantou, pareil, se racontaient des histoires ou ça s’interpellait avec les autres, mais bon, il n’y avait pas de... Il n’y avait pas de règle particulière, ça se faisait tout seul.
Dans le temps, mais moi je n’ai pas connu ça, mais il paraît que... Ma mère me disait que son père à elle, quand il faisait des veillées, comme ça, dans un des villages de Drugeac,
mon grand-père maternel, paraît-il, lui, racontait des histoires, justement. Quand il faisait des veillées au Cantou, il racontait, lui, il aimait beaucoup raconter des histoires. Moi, je n’ai pas connu mes grands-parents, alors je ne peux pas... Je vous dis juste ce qui m’a été rapporté.
Mais c’est vrai que ces veillées, moi j’en garde un super souvenir. Et d’ailleurs, à un moment donné, parce que bon, moi je suis partie pendant 42 ans, je suis née ici, je suis revenue en retraite ici. Mais je suis partie pendant 42 ans. 12 ans à Paris et 29 ans à Nevers.
Et à un moment, j’étais à Paris, et puis j’ai été malade à un moment donné, j’étais venue ici chez mes parents, et puis un soir, il y a eu une veillée. Avec des gens de Merlhac, d’un village de Drugeac.
Et j’étais la seule jeune avec des vieux, entre guillemets. Alors certains me disaient : t’as dû t’emmerder. Eh ben non, j’avais bien rigolé justement.
Ils m’avaient bien changé les idées parce qu’ils avaient de très bonnes histoires, bien rigolotes et en patois en plus. Voilà les veillées.