On était sur juste une agriculture de subsistance. Tu vois des petites fermes. Voilà. Où les gens étaient majoritairement propriétaires. Il y avait quelques locataires mais voilà... C’était vraiment un truc de subsistance. Ici, autour de chez nous, il n’y avait pas de grosse ferme en châtaignerie. Qui a expliqué un peu cette évolution dans les dernières années où les gens ont monté des ateliers hors sol par exemple. Parce qu’il n’y avait pas beaucoup de surface. Donc tu faisais un atelier de porcins, un atelier d’engraissement de veau en batterie. On rigole parce que c’était des ateliers de 50 veaux alors qu’aujourd’hui ils en sont à 3000. Le fait d’avoir des petites structures en Châtaigneraie, ça a fait intensifier l’agriculture parce que les gens voulaient rester là quand même et tout ça. Il n’y avait pas de foncier. Il n’y a pas eu beaucoup d’agriculture industrielle dans la Châtaigneraie, mais on dit que c’est la Bretagne du Cantal. Elle est un peu plus intensive. Les métiers sont plus performants, les nouvelles cultures, le maïs et tout ça, ils se sont implantés ici d’abord. Et parce que le climat, voilà. Aujourd’hui, ils peuvent faire du maïs à 1000 mètres, ces couillons, ils en font.
Ici, les gens se louaient, tu sais, pour aller faucher dans les montagnes et tout ça. Et donc les gens de la Châtaigneraie, d’après ce qu’on m’a dit, étaient réputés pour être des très bons faucheurs. Ils montaient aux estives. Il y avait une foire, la foire à la loue que ça s’appelait, c’est-à-dire que je ne sais pas exactement, les anciens te le diraient, ça devait être au mois de mai peut-être, et tu avais une espèce de foire. Il y avait plein de gens qui étaient là avec leurs faux et des patrons qui disaient, toi, toi, toi, j’en ai besoin de cinq, j’en ai besoin.
Moi, je ne sais pas si c’est une chance ou pas, ou une malchance. C’est vrai que mes parents étaient à la traîne du progrès. Mes parents, ils ont fait le pain jusqu’en 1963. Alors qu’en 1963, déjà dans le pays, il n’y avait pas beaucoup de monde qui continuait à faire le pain. Les artisans boulangers étaient arrivés beaucoup après la guerre. Dans les petites communes, et du coup de moins en moins de familles rurales faisaient le pain. Et mes parents, en 63, voilà, ils devaient être un peu dans les derniers.
Et après quand moi je me suis installé en 80, mon père faisait encore de la traction animale avec les salers. Donc je sais joindre les vaches, normalement. Voilà, j’ai connu ce truc-là. De charger des charretées de foin à la main, à la fourche, etc. Qu’on allait vider à la grange et tout ça. Alors du coup, j’ai vécu des choses qui ont beaucoup disparu après la guerre.
Mais le fait que les parents étaient un peu à la traîne, j’ai vu ça un peu. C’était des vaches qui faisaient... Il n’y avait pas de chevaux, il n’y avait pas de bœufs. Voilà, parce que quand la structure de la ferme, comme ici, 10, 15 hectares et tout ça, tu ne pouvais pas te permettre d’avoir soit des bœufs, qui étaient que pour la force de travail, du coup, soit des chevaux, qui étaient aussi que pour la force de travail. Donc c’était la vache qui faisait ça.
Donc on disait qu’elle donnait par le lait, par le veau et par les corps. Puisqu’elle travaillait.
Ouais, on était un peu à la traîne. Est ce une bonne ou une mauvaise chose ? C’est comme pour la langue. Quand je vais à des endroits où j’entends de l’occitan, il y a plein de mots que je ne connais pas. Et ça m’a interpellé l’autre fois, j’ai dit comment ça se fait. Et en fait, je me rends compte que l’Occitan, il était tellement lié à l’environnement, au travail, etc., au temps qu’il faisait. Nous, le temps qu’il faisait l’été, on avait quatre ou cinq termes quand il faisait chaud, quand il faisait chaud et lourd, quand il faisait chaud et humide, quand il faisait...
Tu vois, on avait plein de termes et c’était, entre guillemets, concis et je trouve très adapté à l’environnement. Par contre, tout ce qui est introspection, et tout ça, ici, dans les familles rurales, attends, jamais ! C’était quand même très taiseux et tout ça, je veux dire, quand t’avais mal à quelque part, comme ils disaient, tu t’endures et puis basta, quoi. Tu vois, on ne disait pas ça. Moi, j’ai jamais entendu une expression occitane de mes parents qui disait par exemple, je suis triste ou je suis mélancolique ou j’ai du chagrin. C’était soit : ça va bien, soit ça va pas. Point.
Et du coup, voilà, je me rends compte après, en écoutant des histoires occitanes, des fois, qu’il y a tout un vocabulaire, bien sûr, qui était adapté aussi aux états d’âme. Mais dans ma famille, les états d’âme, il n’y en avait pas beaucoup.
Michel Le Rouget
L’agriculture de subsistance
"Moi, ma famille, des états d’âme, y en avait pas..."