J’étais commerçante à Drugeac. Je tenais une épicerie, une alimentation générale et on fermait tard le soir. Souvent, il y avait des gens qui passaient, on appelait ça les routards. Et alors, il était 20h, 20 h30, on avait même éteint la lumière, mais on avait oublié de fermer la porte. Et à travers la vitre, on a vu qu’il y avait quelqu’un dans le magasin. Et alors, mon mari y va. Un petit jeune qui voulait une couverture. Et mon mari lui a dit non, j’ai pas de couverture, etc. Et puis il pleuvait, il faisait pas beau. Et j’ai dit à mon mari : quand même, t’exagères, on pourrait lui donner une couverture à nous. Et alors, du coup, j’ai cherché une couverture et puis on l’a couru dans le bourg et on l’a trouvé. Il y avait une cabine téléphonique. Et il était rentré dans la cabine téléphonique. On lui a donné une couverture. Et on ne savait pas où le loger.
Parce qu’il y avait aussi au presbytère des fois des logements où on pouvait loger des personnes. Et puis, du coup, il m’a dit : mais ça va aller, je vais dormir dans la cabine. Parce que je savais pas, on le connaissait pas et puis on savait pas comment...
Bon, et le lendemain matin... C’était un jeune, un jeune, oui, oui. Il avait l’âge de notre fils. Il faisait des saisons. Et ce jeune, il vient me ramener la couverture. Alors, je lui dis : mais vous n’avez pas eu froid ? Alors, il me dit, non, avec la couverture, ça a été. Alors, je lui dis, mais vous n’avez pas déjeuné ? Rentrez, rentrez, je vais vous faire un chocolat et quelque chose, quoi. Et alors, les dames, qui étaient à l’épicerie, elles me disaient : mais ça ne va pas, Marie-Rose, ça ne va pas, Marie-Rose. Alors j’ai dit : mais il peut bien venir boire un chocolat. Et je lui ai fait un chocolat. Et puis je lui ai donné de l’argent, il est reparti.
Et puis quelques mois après... J’ai ma voisine qui avait son fils qui vient en vacances et il m’a expliqué, il m’a dit - c’était au mois de mai - il m’a dit : tu as dû avoir telle personne qui est venue, qui est passée chez toi, c’était en routard. J’ai dit oui, effectivement. Il m’a dit : tu sais qu’il habite dans mon immeuble. Ah bon, mais j’ai dit mais alors il n’était pas...
Alors je lui avais posé la question, j’ai dit : mais vous êtes jeune, comment ça se fait que vous ne travaillez pas ? Alors il me dit non, je ne travaille pas. Alors j’ai dit mais pourquoi vous n’allez pas au secours catholique, voir un petit peu pour vous faire aider, etc. Il me dit : non, non. Et c’est comme ça qu’après, quand il est rentré chez lui, il a dit à son voisin qu’il voulait faire une expérience pour voir comment étaient les gens, il voulait voir la réaction des gens, comment ils étaient reçus. Voilà.
Marie Rose Drugeac
Le jeune homme et la couverture
"On a vu qu’il y avait quelqu’un dans le magasin..."