Moi je m’appelle Marie-Laure, j’habite dans le Lot, mais je suis bénévole dans le Cantal. Mon histoire à moi c’est très vieux, ça date du début du XXe siècle. J’ai le plaisir quelquefois de dire que ma grand-mère était une trafiquante. Et ça me fait très plaisir parce qu’elle était seule avec beaucoup d’enfants. Et elle avait trouvé un moyen de gagner de l’argent. Alors, je viens de vérifier la date. En 1872, en France, l’État avait pris totalement le monopole des allumettes. Donc, c’était très cher et il y a eu du trafic d’allumettes, tout bêtement. Donc, ces dames prenaient du bois blanc. Elles faisaient des petites bûchettes. Et elles achetaient du phosphore. Alors, je ne sais pas comment elles se trouvaient du phosphore, mais elles en trouvaient. Et donc, elles créaient des allumettes qu’elles vendaient après beaucoup moins cher que la régie officielle.
Et il se trouve que ma grand-mère s’est fait attraper, mais ça m’a fait très plaisir parce que finalement, elle n’a pas eu d’amende parce que c’était une pauvre femme avec des gamins. Mais en fait le trafic d’allumettes c’était un trafic national parce que ça coûtait vraiment très cher. C’était un monopole d’État. Et ça a été aboli je ne sais pas quand. C’est une histoire que j’aime beaucoup parce qu’en fait elles étaient résistantes déjà dans l’âme pour leurs enfants. Et alors elles allaient faire ça non pas à la maison mais dans des grottes, dans la vallée du Célé.
C’était histoire de ne pas mettre le feu à la maison, ce qui est déjà arrivé. Donc elle partait dans des grottes au bord de l’eau. Voilà l’histoire de ma grand-mère.
Marie Laure Maurs
ma grand mère contrebandière
"Elles étaient résistantes dans l’âme pour leurs enfants..."