C’est banal. C’est des choses qui arrivent assez fréquemment. Enfin, fréquemment. Il ne faut pas trop quand même. Des artisans, des paysans qui sont obligés d’être très polyvalents.
J’ai 21 ou 22 ans. Mes parents sont en plein investissement. Ils ont construit une porcherie dite moderne. On vient de terminer une stabulation libre pour les vaches laitières. De 400 ou 500 m² couverts, quelque chose comme ça. Et à l’époque, il fallait systématiquement que les bâtiments soient, dans notre secteur, couverts en rouge pour s’accorder avec les bâtiments traditionnels couverts de tuiles. Donc, eternit blanche, parce que ça coûtait moins cher. Et puis, peinture. Alors, j’avais déjà peint la porcherie qui faisait un peu plus de 300 m². Je l’avais déjà peinte avec un balai. Parce qu’au pinceau, jamais de la vie. Avec un balai. Quand même, je trouvais que c’était un peu long. J’attaque la peinture, elle est un peu épaisse, bien collante, il faut la tremper dans un seau d’eau chaude pour qu’elle puisse couler plus facilement, c’est pas facile. Donc j’attaque la stabulation avec une pompe à sulfater. En cuivre, ça ne se fait plus maintenant, celle de mon père, une vieille pompe à sulfater. Je trouvais que ce n’était pas si mal que ça. J’en avais fait une bonne partie.
Et j’étais en train de peindre, malheureusement, à l’endroit le plus haut. J’étais pas loin de la chenot, mais vers 7-8 mètres de hauteur. Il m’arrive un petit truc qui était peut-être pas facilement prévisible. C’est que quelques gouttes commençaient à tomber directement de la pompe, là, derrière. Bon, j’avais la chenot, là, tout près de moi. Bon, ces petites gouttes là, je les vois pas, je suis occupé, il faut que je fasse gaffe, je mets 15 kilos ou 12 kilos sur le dos là,ce truc métallique ça fait un peu mal, c’est pas comme les modernes. Bon, tout d’un coup, hop ! Les quatre fers de l’air. Et ça dérape. Et ça dérape.
Et j’avais les pieds au-dessus de la chenot, sur le ciment bien neuf, là-bas, à 7-8 mètres plus bas. Et bien figurez-vous qu’il y a un tire-fond, ça s’appelle, les grosses vis qu’on utilise, qui s’est trouvé pile au bon endroit pour caler le pulvérisateur.
Pourquoi ce tire-fond était là ? Et bien voilà, encore une fois, ça ne tenait qu’à ça. Normalement, je n’aurais pas dû être là.
Jean Luc Maurs
De la nécessité du tire-fonds
"Pourquoi ce tire-fonds était là ?"