Peuple et Culture Cantal
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Projection de documentaires, ici, là-bas ...

... cinéma d’ici et d’ailleurs ...
Isabelle Riom es montagne
la mer de donuts

la pianiste de Hong Kong qui jouait la nuit...

Alors je vais commencer par un début. J’habitais là-bas, sur une île d’Asie, et je fais du piano. Et c’était très difficile pour moi de me trouver un piano sur une île, de le déménager, mais j’ai réussi à en trouver un. Je me suis installée sur cette île et avec mon piano... J’étais contente, comme je n’avais pas de voisin, je pouvais jouer à n’importe quelle heure de la nuit. J’ai rencontré par hasard une femme extraordinaire, une française, pas sur l’île où j’habitais mais sur l’île de Hong Kong. On a sympathisé, elle était pianiste. Elle s’appelait Marie-Laure. Et rien que de dire son nom, je suis très émue parce qu’aujourd’hui elle est morte, elle s’est suicidée. Elle venait tous les soirs chez moi faire du piano. Parce qu’elle préparait un concert, en fait, elle était concertiste, elle jouait très bien. Et elle faisait un récital de Debussy. Et pour jouer toutes ses œuvres, elle jouait la nuit. C’est un truc qui m’a paru fou. Elle s’entraînait, mais de nuit. Donc chez moi, il n’y avait pas de lumière. On était sur une petite île de pêcheurs et j’éteignais toutes les lumières dans la maison. Et elle jouait la nuit. Elle était incroyable. Elle jouait par cœur sa partition et elle retrouvait les notes comme ça dans la pénombre. Alors évidemment à Hong Kong il y a plein de moustiques, mais ça ne la gênait pas du tout. Et elle jouait magnifiquement et j’étais très contente qu’elle joue sur mon piano. Et voilà, donc on a vraiment lié une forte amitié. On allait se baigner ensemble sur des plages dégueulasses avec des trucs qui flottaient. La mer est quand même sale. Il y avait des requins aussi, donc il fallait se baigner après le lever du soleil, avant la tombée de la nuit. Un jour même, je me souviens, on s’est baigné dans une mer de donuts parce qu’il y avait un chalutier, je ne sais pas quoi, qui avait renversé des trucs qu’ils allaient livrer. Et en fait, il y avait plein de donuts à la fraise au chocolat. Je me souviens de cette femme, Marie-Laure, pianiste de génie qui nageait dans les donuts.
Et donc, on revient et puis voilà. Et puis moi j’étais pas... j’étais un petit peu en fin de ... en transition et je me demandais si j’allais rentrer en France ou pas. Parce que finalement je connaissais pas trop la France, j’avais plus vécu à l’étranger qu’en France. Et donc elle me dit, ça tombe bien si tu veux, j’ai un très bel appartement à Strasbourg que je peux te prêter, parce qu’elle était très magnanime, etc. Je dis : bah écoute, ouais génial, je vais essayer. Donc je rentre cet été et puis voilà. Donc je rentre en France, d’abord je vais chez ma mère. Et donc je la rappelle. Elle m’a dit : écoute, je vais revenir aussi en France te montrer l’appartement. Donc on a passé du temps ensemble à Strasbourg dans son magnifique appartement avec trois pianos, etc. Et elle a eu un accident de vélo. En fait, elle s’est fait renverser par un autre vélo qui lui a écrasé la main. Très, très grave. Elle a perdu une main. Donc, elle était désespérée, en fait. Et donc, sa vie a basculé. Elle est quand même retournée à Hong Kong. Je suis retournée avec elle. Elle était hyper déprimée, etc. Elle faisait plus de piano. Elle jouait plus la nuit, elle jouait le jour. Et moi, au lieu de louer son appartement à Strasbourg, j’avais plus rien, je savais plus où habiter en France.
Donc je suis revenue toute seule dans le Cantal avec mon fils. Et pourquoi le Cantal ? Parce que j’avais une petite bicoque, une maison qui ressemblait étrangement à la maison de pêcheur que j’avais à Peng Chao, ça s’appelle, au large de Hong Kong.
Et Peng Chao, il faut bien le prononcer parce qu’en cantonais, si on dit Peng Xao, ça veut dire petite bite. Donc il ne faut pas dire Peng Xao, il faut dire Peng Chao. Voilà, si on dit Peng Xao, ouh la la, les taxis ne vous prennent pas. Et donc voilà, j’ai atterri dans le Cantal, dans cette petite bicoque où je vis actuellement et je suis très heureuse.
Voilà, c’est un petit peu un acte manqué parce que sinon j’aurais dû finir à Strasbourg. Donc j’ai recommencé une vie, je me suis réinventé une vie dans le Cantal et je continue à faire de la musique.