Mes parents se rencontrent donc de manière tout à fait fortuite et se marient en 1944. Ça n’a pas traîné. Non, ça n’a pas traîné. Ça n’a pas traîné. Ils étaient amoureux, je pense qu’ils devaient être amoureux. Je ne sais pas s’ils avaient fait passer Pâques avant les Rameaux. S’ils l’ont fait, ils l’ont bien fait. Non, mais je ne sais pas. Ils s’installent tous les deux à Maurs. Ma mère tenant un café et une auberge. Et l’auberge était au-dessus. Le magasin, ça servait de remise pour les gens, les jours de foire, quand ils venaient avec leur cheval, leurs bœufs ou des choses comme ça, ils remisaient les bêtes là. Et l’auberge était là-haut. À l’étage. Et mon père, lui, avait un petit troupeau, cinq, six vaches, qui étaient au foirail. Mon père avait ses bêtes et vendait le lait à Maurs.
Il vendait le lait et ma mère avait l’auberge. Et il faisait bal tous les jeudis. Et là à profusion, on vendait du vin. Un jour, elle m’a dit : imagine-toi qu’un soir de foire, de grande foire, parce qu’il y avait les petites foires, les grandes foires. Un soir de grande foire, à minuit, j’étais en rupture de vin. J’avais fait rentrer la bagatelle de trois demi-pièces de vin. C’est-à-dire, demi-pièce, c’est 220 litres. Il y en avait trois, ça fait 660 litres. À minuit, j’étais en rupture de vin. Et mon père a été obligé de partir vite. À l’étable, atteler la jument et la charrette pour aller se ravitailler chez le marchand de vin parce que je n’avais plus de vin à minuit. 660 litres de pinard. Enfin, ma mère me dit souvent, moi j’aimais ça, ton père n’aimait pas ça du tout. Lui, le commerce, c’était pas son truc. Lui, il fallait des grands espaces, des grands espaces et des troupeaux. Pourtant, il était né dans les rues de Maurs, mais c’était son truc. Il lui fallait des grands espaces, des grands troupeaux, jusqu’à ce qu’il me fasse la vie et que... Voilà. Il y a eu une opportunité, il a eu une opportunité, se louer à l’époque la plus grande ferme de Maurs, qui s’appelle la ferme de Lestrade. Et c’était la plus grande ferme de Maurs. Ferme qui appartient d’ailleurs à la famille Ratier, qui sont la même famille que les propriétaires de l’usine Ratier de Figeac. Voilà, donc pour mes parents, l’aventure commence. L’aventure commence parce que ma mère me disait qu’on n’avait pas un liard. On avait juste quatre vaches et une paire de bœufs pour la plus grande ferme de Lestrade, ce qui représentait presque rien comme cheptel, comme matériel et comme tout ce qui s’ensuit. Et il me dit, ben voilà, on s’est acharné au travail, et puis bon, on a fini par réussir. On a fini par réussir. Ils ont déménagé en décembre 1954, et moi je suis né là-bas, in situ. J’ai encore la chambre où je suis né en septembre 1955. Donc, ma jeunesse, tout ça, ça débute à Lestrade. Et là bas, moi, ça, c’est mon domaine. Il n’y a plus personne de la famille à Lestrade. Et moi, je suis encore orphelin.
Ca travaillait dur. On participait, les vacances, les week-ends. Quand j’étais éducateur, on disait toujours aux jeunes : le matin quand tu as déjeuné, lave ton bol, c’est la moindre des choses, lave et range ton bol. Moi je ne le disais pas. Je disais à certains collègues, je disais moi : je n’ai jamais lavé mon bol, jamais. C’est toujours ma mère qui a lavé le bol, mais pendant qu’elle lavait le bol, nous on était au cul des vaches. Alors ma mère a toujours dit qu’elle avait sauvé la situation financière avec les cochons, l’élevage des cochons. Elle dit que c’est ça qui les a sortis un peu de la tête de l’eau. Voilà.
A Maurs il y avait une foire pour tout. Il y avait une foire à tout. Il y avait la foire des bovins, il y avait la foire des cochons... Alors tous les jeudis, il n’y avait pas la grande foire tous les jeudis. La grande foire c’était les derniers jeudis du mois. Alors les gros bovins, les vaches, les génisses, ça se passait place de l’Europe, en haut de la place de l’Europe, là où il y a l’office du tourisme. De l’autre côté, c’était le marché au veau de lait, qui était le plus gros marché de veau de loin dans la région. Maurs était très très réputé parce que la production principale ici, c’était les cochons. Et le veau de lait, le veau de boucherie, le veau de lait. Et au fond du tour de ville, là-bas, il y avait les cochons et les moutons. Et alors, il y avait une foire aux dindons, je ne me rappelle plus quand est-ce qu’elle était. Mais il y en avait deux, parce qu’il fallait aller les acheter, puis les garder, puis après les revendre. Il y en avait deux, il y en avait deux, je crois qu’il y en avait deux. C’était place du marché, là, c’était place du marché. Ça aussi, la place du marché, c’était fabuleux, parce que maintenant ça n’existe plus. Toutes les paysannes venaient au marché vendre une douzaine d’œufs, deux poulets, une vieille poule attachée par les pattes dans un panier, et le beurre. Ma mère ne faisait pas le beurre. Chez nous, on ne faisait pas le beurre. Par exemple, mes beaux-parents, ma belle-mère faisait le beurre et distribuait. Elle avait ses clients attitrés et partait de maison en maison vendre ça. Il était en rond, comme ça. Ce qui a fait le bonheur de mes petits-enfants, c’est qu’on a retrouvé un petit stock de papiers. Beurre fermier, Meynard. Ça nous fait des soupes. Ça a été leur bonheur.
Daniel 71 ans Maurs
Les foires de Maurs
"La place du marché, c’était fabuleux..."