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Daniel 71 ans Maurs
La rafle du 12 mai à Maurs

" Trois filles à marier..."

J’ai 71 ans et dans ma carrière professionnelle, j’ai été éducateur dans une maison d’enfants.
Mais en parallèle, passionné et puis héritier d’une tradition paysanne, j’ai toujours voulu être un petit peu paysan. C’était les week-ends et les vacances scolaires et les congés.
Mais voilà, ça a toujours été... C’est l’héritage, ça, c’est l’héritage familial. Et en particulier avec les chevaux.
Et mon père, lui, un jour, s’est établi dans le coin. Et il s’est marié dans le coin. Alors nous, nous sommes une victime collatérale de la rafle du 12 mai 1944. Ce jour là, mon père est chez ses parents, à Maurs. Mon grand-père a un métier très particulier. Un vieux métier qui n’existe plus. Il était ce qu’on appelait hongreur. C’est-à-dire qu’il passait de ferme en ferme pour la castration des animaux. Et en plus, il était un petit peu sorcier, un petit peu vétérinaire. Donc c’était un métier assez particulier. Le 12 mai 1944, mon père avait 22 ans. Il était un bel homme dans la fleur de l’âge. Et rassemblement bien sûr. A la zone artisanale, ce qui est le lieu où la division Das Reich avait rassemblé tous les hommes pour faire leur tri et faire leur sale boulot. Enfin, envoyer en Allemagne ceux qui étaient... Et mon père, qui lui avait été un petit peu bousculé pour y aller, était en train de prendre soin des bêtes, c’est-à-dire qu’il est dans une tenue beaucoup plus que négligée. Beaucoup plus que négligée. Et la division Das Reich fait deux groupes. Le groupe de ceux qui partaient en Allemagne, le groupe de ceux qui pouvaient rester. Restaient les personnes trop âgées. Mon père est désigné pour aller en Allemagne. Mais il déjoue un petit peu la vigilance des allemands à ce moment-là, et au lieu d’aller vers ce groupe-là, il se dirige vers la groupe de ceux qui restaient. Il pouvait se faire fusiller, il pouvait se faire tirer comme un lapin, c’est arrivé à un jeune d’ailleurs ce jour là. Mais bon, mon père, il a cette chance-là qu’on ne le remarque pas ce jour là..
Les Allemands ont fini leur sale boulot, ils embarquent, ils font repartir chez eux ce qu’ils avaient laissé et ils embarquent, on connaît l’histoire, Montauban, Dachau pour certains et tout ce qui s’ensuit.
Et mon père s’est finalement retrouvé à rester ici. Et mon grand-père lui a dit : écoute mon garçon, ça chauffe quand même, on ne sait pas, ils peuvent revenir, reste pas là, va te cacher. Écoute, j’ai un ami qui habite au fin fond des bois de Marcolès, dans une ferme qui s’appelle Laroumière, il me dit écoute, prends ton baluchon et vas-y, planque-toi là-bas, là-bas ils ne viendront pas te chercher. Et c’est ce qu’a fait mon père. Et mon père est allé chez Jean M se cacher. Mais seulement, dans cette maison, il y avait trois filles à marier. Et il en a bien choisi une au milieu des trois.
Voilà. Donc je suis une victime collatérale de la guerre.