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On the rumba river

Jacques Sarasin, 2006, 85’


Pour la première fois, nous enjambons le volcan pour une projection en partenariat avec la communauté de commune de Massiac. Ils ont eu le coup de cœur pour ce film. Encore une fois, des histoires, des gens qu’on aime, l’Afrique, la musique...


C’est en sillonnant le majestueux fleuve Congo pendant une dizaine d’années, les mains sur les cordages et dans le cambouis qu’il a composé ses premières chansons, en grattant sa guitare, le regard perdu dans un décor fluvial fascinant.

Orphelin très jeune, emprisonné, excommunié par les pères belges car ses textes perturbaient la jeunesse puis boxeur professionnel, tous ces ingrédients forment la trame d’une vie hors du commun, celle d’Antoine Kolosoy, dit « Wendo ».

De quoi ça cause ?

Quand on parle de lui c’est souvent pour évoquer un “monument” : le (re)
fondateur de la rumba congolaise, musique trouvant ses racines dans une
tradition exportée vers les Caraïbes par la traite négrière. Il est aussi un
témoin de l’histoire de la République Démocratique du Congo. La sortie de
son premier tube panafricain en 1948 fait de lui la première superstar de la
musique congolaise. Censuré, il est exilé par les pères belges à Stanleyville
(actuellement Kisangani), au nord-est du pays : c’est là que la rivière Lualaba
prend le nom de Congo, c’est aussi dans cette province que coulera,
quelques décennies plus tard, le sang des millions de victimes collatérales
des conflits des grands lacs, à la suite du génocide Rwandais.

Papa Wendo conserve jusqu’à la
fin des années 60, décennie des
indépendances et de tous les espoirs,
le statut d’artiste consacré. Au début
des années 90, à l’issue d’une longue
traversée du désert, trajectoire parallèle
à celle de tout un pays à la dérive, il
ressort de l’anonymat et enregistre de
nouveaux morceaux.

Le “monument” est toujours vivant : il a
80 ans.


La réclame


Trois mots du réalisateur


On a parfois l’impression que le film est mis en scène, qu’il va au delà du
documentaire :

Il faut bien comprendre que ce film n’est pas un reportage, que nous ne
sommes pas allés en RDC pour simplement filmer ce qu’il s’y passait et y filmer
la vie de Wendo Kolosoy. Un documentaire de création sous-entend un point
de vue de l’auteur. Effectivement, on peut dire, à ce titre, que certaines
scènes du film ont été dirigées. Mais elles l’ont été dans le plus strict respect
et conformément à la vie des gens qui les ont jouées.
Ils ont joué leur propre vie et je n’ai pas cherché à modifier leur réalité.
Et c’est après avoir observé le quotidien “des comédiens” que je leur ai
demandé de le rejouer devant la caméra. Mais mon intervention s’est limitée
à donner l’impulsion à la scène pour pouvoir donner un rythme et un sens au
film.

Aviez-vous un scénario ?

Je suis arrivé à Kinshasa avec un scénario en tête, qui a pu être en partie
respecté. Mais je ne connaissais pas du tout le pays et je n’avais pas fait de
repérages par manque de moyens financiers d’abord. D’ailleurs, je ne pense
pas que ces repérages auraient été très utiles car la RDC est un pays en
guerre où les choses changent très vite.
Nous avons par exemple voyagé à l’intérieur du pays. Si j’avais entrepris
ce voyage seul, quelques mois avant le tournage, j’aurais eu la possibilité
d’écrire un scénario X. Mais en présence de Papa Wendo, tout ce que j’aurais
pu écrire aurait été irréalisable car nous avions sans cesse des centaines de
personnes autour de nous, jour et nuit. Wendo est une légende, là-bas.

Quelle est votre impression sur le pays ?

Quand j’ai quitté la RDC, après le tournage, j’avais le sentiment d’abandonner
à leurs malheurs les gens avec lesquels j’avais travaillé pendant deux mois.
Avec une sensation d’impuissance terrible. Pour ce qui est de l’Afrique de
l’Ouest, on peut toujours se dire qu’avec un brin d’impulsion économique,
une diminution des subventions à l’agriculture dans nos pays, etc., que ces
pays peuvent s’en sortir.
Mais en RDC, on n’entrevoit pas la solution. On est dans le pays le plus
riche d’Afrique et pourtant les citoyens ont faim. Excepté les congolais,
on a l’impression que cette situation arrange tout le monde. Les sociétés
multinationales et les pays voisins peuvent négocier directement avec les
rebelles de l’est du pays pour s’approprier les ressources naturelles sans que
les Congolais ne touchent un centime.
Et l’imbroglio politique est un casse-tête infernal. On organise des élections
dites démocratiques, mais quel Congolais va voter pour quelqu’un d’autre
que celui qui représente son ethnie ?


Kikiafékoi

Réalisateur : Jacques Sarasin

Producteur :Les Productions Faire Bleu


Voir en ligne : Le site du film