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Momo le doyen

De Laurent Chevallier, 2006, 85’



Ce documentaire fait revivre l’artiste qui avait su dire aux américains : « Le jazz est né chez vous, mais, moi je l’ai ramené chez moi, en Afrique, car c’est de là qu’a jailli sa source. ».
Véritable roi du swing et de l’improvisation, Momo Wandel Soumah (1926-2003) était le doyen du jazz africain. Il créait sa musique sans l’écrire, en s’inspirant des chansons populaires, et en réunissant autour de sa voix « façon Louis Armstrong qui serait sorti de sa savane » et de son vieux saxo desséché, les grands maîtres des instruments traditionnels africains : kora, balafon, flûte pastorale, djembé, etc…
La musique de Momo ressemblait à un cocktail magique capable de vous transporter sans crier gare, de la tradition à la musique d’avant garde !
Né dans les années 30 en Guinée, MOMO LE DOYEN a été un témoin privilégié de l’histoire de l’Afrique contemporaine : il a vécu le temps colonial avec ses orchestres destinés aux bals des blancs jusqu’à l’arrivée de l’indépendance en 1958, où il restera durant vingt-six ans dans les orchestres nationaux de la révolution guinéenne du Président Sékou Touré.
Il y a quelques années, son entrée fracassante au sein de la nouvelle troupe Circus Baobab (premier cirque aérien d’Afrique Noire) comme compositeur et chef musicien lui avait permis de se faire découvrir, bien au-delà de son pays. Laurent Chevallier, son complice durant les dix dernières années de son existence, conte dans MOMO LE DOYEN l’histoire merveilleuse de ce doyen du jazz. Un doyen africain dont la vie était, du matin au soir, imprégnée de ses chants, de ses notes, de son swing.
le film est en forme de pied de nez donné au désespoir et à la misère environnante…


Témoignage du réalisateur

Durant ces quinze dernières années, j’ai eu l’occasion de réaliser des films dans un pays du continent africain : la Guinée Conakry. Des films dont la bande originale fut confiée pour la plupart à un artiste hors norme, Momo Wandel Soumah, le doyen du jazz africain. Véritable roi du swing et de l’improvisation, Momo créait sa musique sans l’écrire, en s’inspirant des chansons populaires, et en réunissant autour de sa voix "façon Louis Armstrong qui serait sorti de sa savane" et de son vieux saxo desséché, les grands maîtres des instruments traditionnels africains : kora, balafon, flûte pastorale,
djembé... Un cocktail étonnant capable de vous transporter en un instant et sans crier gare de la tradition à la modernité. Momo était né en 1926 mais il était resté pour tous un grand enfant insouciant des aspects matériels de la vie tant qu’il pouvait gagner "un petit quelque chose" pour créer sa propre musique. Dans sa jeunesse, son premier instrument fût le banjo et devant l’impossibilité de se procurer des cordes, Momo avait équipé son manche de câbles de vélo... Depuis notre première rencontre en 1992 durant la préparation de "L’Enfant Noir", notre complicité n’avait fait que se renforcer. Momo était devenu à la fois un ami, un grand frère, voire un père, toujours prêt à me conseiller et à se laisser conseiller, tout le long de mon parcours africain. En dehors de mes films, je me suis occupé de lui faire enregistrer un album (Afro Swing) dont il souhaita que j’assume la direction artistique, de lui trouver un hôpital en France capable de lui réparer son fémur et de lui permettre de marcher à nouveau. L’avenir semblait enfin vouloir lui sourire. Son entrée fracassante en 1998 au sein de la troupe "Circus Baobab" (premier cirque aérien d’Afrique Noire) comme compositeur et chef musicien lui avait permis par la suite de se faire (re) découvrir.

Mais Momo n’a pas eu le temps, contrairement au vieux Cubain Compay Secundo ou à la Cap Verdienne Césaria Evora, de devenir une "star" de la world music. En avait-il seulement envie, je ne le pense pas, tellement il était attaché à son pays natal. Momo refusait toute contrainte du show bizz cherchant souvent à préserver son anonymat pour conserver ainsi son sentiment de liberté... Et puis Momo s’est éteint un jour de juin 2003 à Conakry, subitement, après une dernière répétition avec son nouveau flûtiste, l’ancien venant justement de décéder... " Bonjour à toute la famille Baobab. Nous avons le grand regret de vous annoncer le décès de notre vieil artiste : Momo Wandel Soumah. Il s’est éteint hier dimanche juste après 20 heures à l’hôpital de Conakry, suite à un arrêt cardiaque. Que la terre soit légère sur lui et que son âme repose en paix. Chaque personne a son temps dans la vie. Momo était comme nous et nous serons comme lui ". À travers mes "tonnes" d’archives personnelles tournées au fil de nos aventures, à travers un retour sur les lieux qui ont vu le passage de Momo mais aussi à travers les souvenirs à la fois attristés et enjoués de ses proches, je souhaite faire un film au présent. Pour faire revivre les images de ce pionnier qui avait su dire aux Américains "Ok, le jazz est né chez vous, mais, moi je l’ai ramené chez moi, en Afrique, car c’est de là qu’a jailli sa source." Pour raconter à la première personne l’histoire merveilleuse de ce doyen dont la vie était, du matin au soir, imprégnée de ses chants, de ses notes, comme un pied de nez donné au désespoir, à la misère environnante...
-Les films du paradoxe


Momo Wandel Soumah : son parcours

« Wandel, doté d’une voix superbe qui prolonge naturellement le chant
de son saxophone, tel un Louis Armstrong africain, fascine, séduit et
nous montre que l’Afrique n’a pas fini de nous étonner avec des talents
aussi originaux que le sien” LIBÉRATION.

Véritable roi du swing et de l’improvisation, Momo Wandel Soumah
(1926-2003) était le doyen du jazz africain. Il créait sa musique sans
l’écrire, en s’inspirant des chansons populaires, et en réunissant autour
de sa voix « façon Louis Armstrong qui serait sorti de sa savane » et de son
vieux saxo desséché, les grands maîtres des instruments traditionnels africains :
kora, balafon, flûte pastorale, djembé, etc… Un cocktail étonnant capable de
vous transporter en un instant et sans crier gare de la tradition à la modernité.
Momo Wandel vivait à Conakry, capitale de la Guinée. Né dans les années
30, il a été un témoin privilégié de l’histoire africaine contemporaine : il a
vécu le temps colonial avec ses orchestresdestinés aux bals des blancs jusqu’à
l’arrivée de l’indépendance en 1958, où il s’est retrouvé « embrigadé » pour
26 ans dans l’Orchestre National de la révolution guinéenne.
Après la mort de Sékou Touré, le pays s’ouvre et le monde extérieur, découvre
le foisonnement et les qualités individuelles de ces artistes guinéens qui ont eu
comme mission, durant plus de vingt ans, de perfectionner leur art pour
devenir les plus performants d’Afrique.
A la fin des années 80, une expérience artistique très originale voit le jour à
Conakry, initiée par Telivel Diallo, Directeur de la culture de Guinée et
François Kokelaere, musicien français : réunir certains des grands solistes du
Ballet Djoliba, flûte pastorale, djembé, balafon, autour du vieux saxo du
“doyen” Momo Wandel, pour une rencontre entre le jazz et la musique
traditionnelle. (1)
La rencontre avec le réalisateur Laurent Chevallier va donner lieu à une
collaboration artistique fructueuse sur 10 ans. Momo Wandel va ainsi
composer les musiques des films : L’ENFANT NOIR (1994), AOUTARA (1996),
CIRCUS BAOBAB (2000), VOYAGE AU PAYS DES PEAUX BLANCHES (2003). (2)
En janvier 1999, nouveau disque enregistré “en plein air”. (3)
En 1999, durant la création du Circus Baobab, Laurent Chevallier est à
l’origine et directeur artistique du disque : AFRO SWING qui rassemble autour
de Momo les plus grands musiciens : du Ballet National Djoliba (Khali
Camara, Fatou Abou Camara), l’ex chef d’orchestre de Myriam Makéba
(Sékou Kouyaté), Ensemble instrumental de Guinée (Amadou Camara) ou le
soliste des ballets Africains (Mamadi Mansaré II), Abdoulaye Kouyaté et Sadio
Diallo. Ce disque est un véritable retour aux racines du jazz. (4)
Son entrée remarquée en 1998 au sein de la troupe CIRCUS BAOBAB
(premier cirque aérien d’Afrique Noire) comme compositeur et chef musicien
lui avait permis par la suite de se faire (re)découvrir.
Entre 2000 et 2003, LE CIRCUS BAOBAB effectuera plusieurs tournées très
remarquées en Europe.
Aujourd’hui, le groupe FÖLIFÖ, le nouveau groupe d’afro jazz composé des
anciens musiciens de Momo renforcé par la nouvelle génération, va contribuer
à faire rayonner l’héritage musical de Momo Wandel.
A noter, que déjà le morceau TOKO (AFRO SWING), a été repris pour
l’ouverture du film LE DERNIER ROI D’ECOSSE de Kevin Mac Donald.


Momo Wandel et sa musique, par lui-même

“Je m’appelle Momo Wandel
Soumah. Je suis né en 26 et j’y
tiens ! Dans toute l’Afrique, il n’y a
pas un musicien plus vieux queMomo Wandel
et sa musique, par lui-même
moi et qui joue le jazz jusqu’à
présent. Je suis contrôleur des
PTT...retraité ! En même temps, j’ai
toujours pratiqué la musique.
J’ai été dans toutes les formations musicales telles que les JOVIALES
SYMPHONIES ou la PARISETTE avant l’indépendance (1958).
Après l’indépendance, on a déserté tous ces orchestres-là pour former un
Orchestre national. Alors pendant 26 ans, on a pataugé là-dedans. A ce
moment-là, on faisait la musique pour chanter les louanges de qui tu sais.
(ndlr : le président Ahmed Sékou Touré, chef suprême de la révolution guinéenne).
On vivait cadré dans ça et donc on avait rejeté toutes les musiques étrangères :
le paso-doble, la mazurka, la biguine. On a tout foutu au panier pour
s’atteler au folklore guinéen selon les voeux de notre président !
Après l’ouverture, après la mort de Sékou Touré, chacun a pu faire paraître
son petit savoir. Moi, j’ai compris que notre folklore, on pouvait l’adapter à la
musique étrangère, au jazz tout naturellement.
Le coeur du jazz se trouve en Guinée et ce que je ressens, je ne peux
l’exprimer que dans le jazz. Dans tous les coins de Guinée, je vois la peine,
la souffrance, la misère mais je vois aussi le public qui attend et qui a envie
de gigoter ! Alors tout cela, je le ramasse et j’en fais mes improvisations à ma
façon.
Actuellement, tu vois toute l’Europe qui afflue en Afrique, pourquoi ? Pour
apprendre le djembé, la kora, la flûte pastorale...Parce que là-bas, ils ont trop
écouté le synthé. Nos enfants ici, ils ont voulu tout chambouler en mettant du
synthé partout. C’est le temps du commerce..
Dans la musique que je fais, je ne veux pas de synthé parce que ça ne
Momo Wandel
et sa musique, par lui-même
concorde pas. Pourquoi un synthé ? On n’a pas besoin d’un synthé si on met
la kora ! Il faut que ça soit réel si tu veux, que ça parte des racines du jazz
pour trouver l’inspiration.
J’ai voulu mettre les instruments traditionnels en valeur qui n’étaient avant que
les instruments d’accompagnement des grandes cérémonies traditionnelles.
Mais si tu écoutes bien le djembé, tu peux sentir que tous les rythmes du jazz
viennent de ces rythmes africains.
Pourquoi un vibraphone ? Un balafon peut remplacer un vibraphone dans
notre jazz, non ? Le balafon était pentatonique, tu ne peux donc pas trouver
toutes les gammes. Alors, je me suis arrangé de faire deux balafons ! Un pour
les gammes et un pour leurs relatives ! La flûte n’est plus traversière si elle doit
être pastorale !
Il y a seulement mon saxo qui est un instrument importé mais je peux pas
parler en jazz sans mon saxo.
C’est avec ces instruments traditionnels que je peux chanter ou jouer parce que
dans toutes ces improvisations de jazz, je peux sentir qu’on a notre part
là-dedans. Parce que l’improvisation, c’est l’inspiration.
Il faut que moi je sois là pour qu’un jour nos enfants, quand ils se réveilleront
se disent : Ah ! Il y avait un musicien qui avait commencé ce travail avant
nous...
La musique de l’Afrique, j’en connais tous les coins et les recoins... Nous
sommes là et personne ne nous a découvert. Ce que je dis à cause de mon
âge, c’est la réalité dans l’art africain. Vous pouvez vérifier !
Je suis d’avant-hier, d’hier et d’aujourd’hui. Peut-être de demain aussi si Dieu
me prête encore longue vie... Il faut que nous soyons à l’avant-garde
d’une grande révolution culturelle même si nous devons traverser des forêts
d’insultes ... Mais si vous nous aidez, ils verront en France et dans le monde...
Et ma joie sera de les entendre dire : Mais dis donc, c’est maintenant nous qui
sommes en retard !”.


Extrait du film


Production/ Diffusion : Sombrero production, voyage