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Mirages

d’Olivier DURY, 2008, 46’



Chaque jour, à mille lieues d’ici, des dizaines d’hommes porteurs d’un espoir inouï s’en vont, désireux d’atteindre l’Europe. Durant les premiers jours de leur traversée entre Agadez et Djanet, entre Niger et Algérie, les émigrants doivent affronter le temps du désert, ses stases, ses accélérations foudroyantes, son immobilité minérale. Cette épreuve qui les traverse fait d’eux des sans-papiers. C’est durant ce trajet que le film les singularise, les détourne un instant de l’invisibilité qui les attend.


Genèse du film

C’est à l’origine une vision têtue qui résiste à l’oubli. Décembre 1998, dans un désert d’Afrique. Un moteur dans la nuit, des phares qui se rapprochent, une masse indistincte d’hommes entassés sur le plateau d’un pick-up, qui surgissent et disparaissent.

L’image, habituellement fuyante, s’est transformée en idée fixe.

Pour réaliser ce film, je suis retourné sur les lieux de l’apparition. Il me fallait retrouver ceux que j’ai perdus dans ceux que je trouverai, dans ce mouvement d’aller en arrière, quand eux vont de l’avant.

Cinq jours durant, le temps de basculer d’un statut de citoyen à un état de sans-papiers, ils affrontent un milieu qui, loin d’être un paysage, se révèle être d’abord un adversaire.

Chaleur, froid, immensités trompeuses, solitude. Il s’agit de manifester le temps rendu sensible au moyen d’une caméra, tout autant que de filmer les premiers jours de clandestins en but à un oubli programmé.
Olivier Dury


Articles

- Les effets de la migration Africaine vers l’Europe sont le thème de prédilection de tout politicien et journaliste marchand de peur. Mais nous ne voyons jamais comment ces Africains, principalement des hommes, arrivent sur le continent.

Dans son premier film, le chef-opérateur Olivier Dury suit un groupe de Nigériens depuis leur pays jusqu’en Algérie, à travers le désert d’Afrique du Nord. Dès le moment où ils s’entassent, avec leurs bagages, à l’arrière de camionnettes, ils remettent leurs vies entre les mains des passeurs qui leur font traverser le désert.

Dury fait le voyage avec eux, observe leurs difficultés, les dangers qu’ils affrontent et les espérances qu’ils nourrissent d’un avenir meilleur. Le passeur trace la route dans le sable, calcule la durée restante de la traversée du Sahara jusqu’à la Méditerranée.

Alors que dans « A lò mejor » on découvrait que l’Espagne imaginaire des Roumains était nourrie des vraies récits des membres émigrés de leurs familles, le rêve de ces jeunes gens est bien plus vague, et demeurera peut-être impossible à réaliser. Dury laisse les hommes dans le désert, juste avant la dernière traversée. Leurs adresses e-mail manuscrites, les images de leurs visages éprouvés, restent avec nous longtemps après qu’ils ont disparu dans la poussière du désert. FIDMARSEILLE

- Olivier Dury, lui, opte pour l’immersion et le mouvement.
Expérience sensorielle déroutante, son film nous embarque sur la route empruntée chaque jour par des dizaines d’émigrants africains.

Quelque part dans le désert, entre le Niger et l’Algérie. C’est le début du voyage, la première fois que ces hommes vont traverser illégalement une frontière, le moment terrifiant du passage à la clandestinité.

Comme un écho minéral à la chimère de la terre promise, les mirages du désert ondulent à l’horizon de cette route de l’exil. Et quelle route. Entassés par dizaines dans des pick-ups bons pour la casse, les hommes bravent le vent et les sables dans des conditions infernales.

Avec Olivier Dury, on suit ces convois improbables, on regarde les premiers hommes tombés d’épuisement et l’on rit, sans le vouloir, en entendant le commentaire du chauffeur : « Ils tombent, puis ils remontent, puis ils retombent. Ils n’ont pas l’habitude de voyager... »

En nous rendant l’expérience terriblement concrète et sensible, Mirages contribue lui aussi à nous ouvrir les yeux.

Mathilde Blottière


Commentaires de la presse

- « Un docu impressionnant » Les inrocks
- « Magnifique » Le Nouvel Observateur
- « Le film s’arrête aux portes de la Lybie sur des plans inoubliables » Les cahiers du cinéma
- « Plutôt que la pitié, Mirages suscite l’admiration devant le courage rare de refuser son destin » Le Monde


Extrait


Le réalisateur Olivier DURY

- Autre documentaire : Entre Aïr et Ténéré

- Mirages : premier prix du festival international de marseille

- Interview : http://fid.blogspilotes.marseille-provence2013.fr/archives/50#


Production / Diffusion : Productions de l’œil sauvage